FOLIE


FOLIE
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Le terme de folie, bien antérieur à l’institution du langage scientifique de la psychiatrie moderne, n’a jamais eu vraiment cours dans celui-ci. Cette relative incompatibilité a une très grande signification. L’idée d’assimiler la folie à une maladie, de vouloir coûte que coûte qu’elle soit semblable en son principe aux autres maladies, en dépit de différences qui demeurent irréconciliables envers et contre tout, cette idée, quoique fort ancienne, n’a jamais pu s’imposer absolument. Même l’emprise décisive que la pensée scientifique exerce sur la culture occidentale n’a pu parvenir à opérer cette complète assimilation. Le concept de maladie mentale ne recouvre donc pas purement et simplement celui de folie.

Bien que l’idée que l’Occident s’est faite de la folie ait connu de très importantes variations, elle n’a jamais cessé d’apparaître en liaison avec celle de la raison. La folie est l’autre de la raison, mais un autre dont le rapport à celle-ci varie selon les époques. La folie peut être un autre qui conteste la raison à l’intérieur d’elle-même. Elle peut être encore ce visage de ténèbres, cette certitude de mort, cette bête de désir, que la raison s’efforce de vaincre mais sur lesquels il n’y a pas de victoire définitive. Il y a donc une vérité de la folie, vérité tragique et d’avertissement. De là, l’extrême ambiguïté qui caractérise l’attitude de toutes les sociétés et de toutes les cultures vis-à-vis des fous. On les chasse, ou on les exhibe comme l’image de ce qui menace chacun. Ou encore, on leur donne la parole là où elle est retirée à tous les autres: les bouffons des princes et des rois. Elle témoigne de la perpétuelle illusion de l’homme, mais aussi de son contraire: «la folie de la croix». Le sage, tel Érasme, peut la regarder de loin et s’en divertir.

1. De l’âge classique à la Révolution

Folie, déraison et société

On distinguera donc en elle, comme le fait Michel Foucault dans son Histoire de la folie à l’âge classique , un double élément. Un élément tragique et un élément critique ou de contestation. Au cours de l’époque moderne, ces deux éléments iront en se séparant toujours davantage. Le premier aura du reste tendance à disparaître ou du moins à s’occulter. Il ne surgira plus qu’épisodiquement, mais avec quelle force, chez Sade, Goya, Hölderlin, Nietzsche... L’âge du rationalisme accentue cette coupure tant sur le plan intellectuel que sur le plan social. Descartes a consacré à la folie au moins un texte célèbre. Mais il vise à l’exclure de l’ordre de la raison. Le fou ne peut penser, et la pensée ne peut être folle. La certitude de la pensée, qui repose entièrement sur son immédiate présence à elle-même – verum est index sui , dira Spinoza –, est indubitable. Au mieux, le fou ne peut que feindre de penser et il n’a rien à apprendre à celui qui pense vraiment, sauf de le mettre en garde contre les difficultés et les embûches qui hérissent le chemin vers cette vraie pensée.

Corrélativement, sur le plan social, la ségrégation s’organise. Les fous seront enfermés, non au titre de malades qu’on soigne, mais comme asociaux, objets à la fois de répression et d’assistance. À cette époque (dès le XVIe siècle en Angleterre), l’Europe se couvre d’établissements d’internement, qui relèvent d’un statut assez indistinct et, de toute façon, non médical, et dans lesquels la justice et la société bourgeoise, avec l’aide des congrégations religieuses, s’occupent de cette assistance et de cette répression. À Paris, par exemple, selon une estimation de documents cités par Foucault, 1 p. 100 de la population s’y trouverait enfermé. Dans la société bourgeoise qui s’ébauche, il n’y a plus pour les pauvres de vocation à la vérité ou à une vérité, et les pauvres d’esprit ne font pas exception à cette loi. Mais il y a une prédestination que la misère comme la folie rendent évidente. La folie devient ainsi châtiment et signe de châtiment. La société, pourtant, a ses devoirs vis-à-vis des misérables parce qu’ils sont à la fois, comme l’écrit Foucault, «un effet du désordre et un obstacle à l’ordre». Elle va donc les prendre en charge. Le bon pauvre accepte d’entrer dans ces maisons; le mauvais pauvre le refuse et, par conséquent, le mérite.

Une telle pratique aboutit à créer ce que l’auteur cité nomme le monde de la déraison dont la folie fait entièrement partie mais qu’elle ne recouvre pas en totalité. Les fous sont associés aux psychopathes les plus divers, instables, asociaux, prostituées et vagabonds – assimilation toute nouvelle, inconnue des siècles précédents, où la folie se met à voisiner avec le péché, où l’amour se partage en amour de raison et amour de déraison (homosexuels, pervers ou simples perturbateurs des familles).

La naissance de l’éthique du travail entraîna même quelques tentatives en vue de faire servir ces institutions à la résorption du chômage ou à la fourniture d’une main-d’œuvre à bon marché. Mais ces initiatives furent le plus souvent infructueuses ou fort combattues, car elles ne résorbaient le chômage en un lieu que pour le recréer ailleurs.

Toutefois, le fou et l’homme de déraison deviennent désormais – et cela est nouveau – des objets de perception , en attendant d’être des objets de science . Le fou est , et pas ailleurs; on peut le voir, le toucher, l’interroger, mais il n’est devenu tel qu’après avoir été d’abord objet de ségrégation, d’excommunication.

Reconnaître le fou

Pourtant, peu à peu et par retour à une tradition ancienne qui ne fut jamais complètement interrompue, une minorité de fous est considérée comme relevant d’une thérapeutique médicale. Il semble que l’Orient arabe ait joué un rôle important dans l’établissement de cette tradition. On a la preuve certaine de l’existence d’hôpitaux psychiatriques au Caire dès le XIIIe siècle. Certains indices permettent de faire remonter leur création au XIIe, voire au VIIe siècle. En Europe, les premières institutions de ce genre apparaissent en Espagne au XVe siècle, ce qui confirme l’hypothèse de leur origine orientale. Le développement de ces institutions au XVIIIe siècle ne constitue donc pas à proprement parler un progrès mais la résurgence d’un ancien usage.

En fait, pour le droit romain comme pour le droit canon, la reconnaissance de la folie fut toujours liée à son diagnostic par la médecine. Mais il s’agissait là d’un statut purement juridique et donc individuel. Ce statut avait pour but la protection de l’individu et éventuellement de ses proches. Mais l’interdiction, la tutelle, la curatelle n’ont pas de portée sociale. En revanche, les mesures d’internement ne sont jamais soumises à un avis médical. Elles relèvent d’une certaine sensibilité sociale dont le scandale fournira le principal aliment. Au XVIIIe siècle, la philosophie des Lumières va s’efforcer d’atténuer le divorce et de mettre cette sensibilité en harmonie avec la tradition médicale et juridique qui a toujours vu dans le fou un sujet de droit, mais un sujet dont le droit, ne pouvant être revendiqué et défendu par lui-même, devra l’être par un autre légalement désigné à cet effet. L’internement n’est nullement supprimé, mais il va complètement changer de caractère. Ainsi que l’écrit Foucault, «ce que Pinel et ses contemporains éprouveront comme une découverte à la fois de la philanthropie et de la science n’est au fond que la réconciliation de la conscience partagée du XVIIIe siècle». Cette réconciliation unifie la conception juridico-médicale de la folie avec sa conception sociale. La médecine se charge désormais d’une double fonction: déterminer la responsabilité de l’individu et déclencher le décret d’internement, internement autrefois livré à l’arbitraire des pouvoirs et de la police.

En fait, cette évolution aboutit aussi à précipiter et à aggraver un état de choses fort ancien. Cela met le fou sous la puissance d’un autre aux visages multiples: médecin, tuteur, curateur, pouvoirs publics.

Mais comment la folie sera-t-elle vue de ceux qui ont charge de la penser? Si l’âge rationaliste déniait à celle-là toute réalité positive et l’excluait absolument de la raison, dont elle est l’autre, mais un autre qui est néant, l’époque des Lumières est plus nuancée, plus empiriste, plus pragmatiste aussi. La folie s’apparente à une ruse de la nature, qui n’est nuisible que passé certaines limites. Il faut être fou pour aimer, mais cette folie maintient l’espèce; il faut être fou pour briguer quelque pouvoir que ce soit, mais l’ambition protège la société civile de l’incohérence et de l’anarchie; il faut être fou pour chercher à acquérir des biens et succomber à l’aura sacra fames , mais cette avidité insensée crée des richesses, indispensables à la vie et au développement de tous. La folie, écrit encore Foucault, «mesure toute la distance qu’il y a entre prévoyance et providence, calcul et finalité». À ce compte, la folie peut être chez tous, sans y être directement perceptible. Elle ne le sera certainement que chez ceux où elle prend forme d’extravagance et de fureur. On ne peut pas reconnaître la folie, mais on peut reconnaître le fou. Quant aux classifications des maladies, elles ne sont guère utiles, parce qu’elles sont faites a priori et reposent principalement sur la distinction des facultés. Elles sont entachées de considérations morales, étrangères à la pathologie ou de spéculations sur les causes physiques de la maladie. Seul le cycle mélancolie-manie, dont la découverte remonte d’ailleurs à la plus haute antiquité, y rappelle les cadres auxquels nous sommes accoutumés de faire confiance.

Le lien de la théorie médicale et de la thérapeutique n’apparaît que dans la seconde moitié du XIXe siècle. Jusque-là, elles sont entièrement séparées en raison du caractère rudimentaire de l’expérimentation, seule capable d’établir ce lien. Si la théorie se modifie constamment au gré des modes, la thérapeutique manifeste une très grande stabilité. En matière de folie, elle est surtout symbolique et purificatrice. Elle n’a de rapport direct avec la spéculation médicale que dans le seul domaine de la théorie des «vapeurs», qui, naturellement, permet une action curative pseudo-causale.

La thérapeutique de la folie

En réalité, toute thérapeutique de la folie, et cela jusqu’au XIXe siècle, se ramène à trois moments essentiels. Il faut d’abord réveiller le malade, le secouer, l’arracher à lui-même, à quoi s’emploient une foule de techniques plus ou moins brutales. On s’efforce aussi de transposer son délire dans le réel pour en faire éclater l’absurdité ou les contradictions, ou encore pour le corriger de l’intérieur. On feint d’extraire du corps d’une malade le serpent qu’elle prétend avoir dans le ventre. Saint-Simon raconte que le prince de Condé, qui se disait mort, refusait toute nourriture sous le prétexte que les morts ne mangent pas. On fit venir quelques individus aux traits et aux allures cadavériques qui l’invitèrent à un repas des morts. La ruse réussit et fut poursuivie jusqu’au trépas effectif du prince. Enfin, on ramènera le malade à une vie simple, naturelle, menée de préférence à la campagne. La célébrité acquise depuis la fin du Moyen Âge par la petite cité flamande de Geel est entièrement due à l’application de tels principes.

Mais, en vérité, toute thérapeutique est sous-tendue par la relation directe et étroite du médecin et de son patient et c’est celle-ci qui en mesure l’efficacité réelle. C’est elle, bien qu’elle soit parfois obstinément méconnue, qui soutient toute cure réelle en attendant d’être ouvertement reconnue et d’être une source, avec la psychanalyse et les diverses formes de psychothérapie, du renouvellement de la psychiatrie moderne. Même à l’ère positiviste, ce lien sera en fait le seul moyen sérieux de guérison ou de rémission.

La recherche des causes de la folie se bornera à une sorte de transposition imaginaire de la qualité qui fait fonction de symptôme. Par exemple, les partisans de la théorie des humeurs pensent qu’une altération du fluide est la cause de la mélancolie. Cette altération est censée être un événement perceptible dans le lieu tenu pour le plus proche de l’âme: le système nerveux. C’est la cause dite prochaine. Transformée et adaptée à la pensée scientifique moderne, cette théorie des origines de la maladie mentale devait être appelée à la prodigieuse fortune que l’on sait. Quant aux causes lointaines de l’affection mentale, elles sont innombrables et peuvent englober tous les sentiments violents, les transformations du milieu, les maladies organiques et surtout les passions et l’abandon de l’esprit à l’imagination, «la folle du logis». En elle-même, l’imagination n’est ni vraie ni fausse. Elle devient nuisible quand elle se substitue au réel. Le fou est un rêveur qui ne se réveille pas et n’arrête plus de rêver. Les figures de la folie sont, elles aussi, innombrables. Leur description n’aboutit guère, pourtant, à mettre en évidence des caractères spécifiques propres à telle ou telle folie, sauf dans le cas, déjà cité, de la folie maniaco-dépressive. On distingue aussi, surtout à propos de l’hystérie et de l’hypocondrie (quelquefois appelée l’hystérie masculine), entre les maladies de l’esprit proprement dites et les maladies des nerfs, qui laissent l’esprit intouché. C’est une première ébauche de la fameuse distinction entre psychose et névrose. Elle connut pourtant une éclipse au XVIIIe siècle, où l’hystérie fut quelque temps considérée comme une vraie folie. Cette évolution temporaire est liée à certains progrès de la physiologie et, consécutivement, à l’usage de distinguer entre la sensibilité et la sensation. Il n’y a maladies de nerfs que là où des sensations sont transformées ou abolies. En revanche, si la sensibilité générale est altérée, comme c’est le cas dans l’hystérie, on dira que le patient est atteint de folie.

La folie et le progrès

Cependant, un événement d’importance survient à l’époque de la Révolution française. On a vu qu’au cours du XVIIIe siècle le médecin, en matière de folie, tend progressivement à se substituer au policier. Toutefois, son activité est surtout de diagnostic. À l’intérieur des asiles, il ne pénètre que rarement: l’application des thérapeutiques plutôt rudimentaires dont on vient de parler ne nécessite guère son concours. Or, à ce moment, la peur se répand soudainement et partout, si bien que les asiles deviennent des lieux de contagion et des sources d’épidémies qui, de là, s’abattront sur les villes. Les médecins y sont donc dépêchés et assez effrayés de ce qu’ils y découvrent. De plus, comme c’est parfois le cas aujourd’hui, on craint que la folie ne soit un phénomène en crue sensible. On en donne des explications socio-économiques; on incrimine le relâchement des mœurs, la littérature, la vie malsaine des villes. «La fin du XVIIIe siècle se met à identifier la possibilité de la folie avec la constitution d’un milieu: la folie, c’est la nature perdue, c’est le sensible dérouté, l’égarement du désir, le temps dépossédé de ses mesures. En face de cela, la nature au contraire, c’est la folie abolie, l’heureux retour à l’existence à sa plus proche vérité» (M. Foucault).

Les sauvages ne sont pas fous et les laboureurs le sont moins que les artisans. Le progrès inocule la folie. Le milieu prend ainsi le relais de l’animalité et de l’imagination, anciennes responsables. Le concept de «dégénération» ou de «dégénérescence», qui sera une des notions clés de la psychiatrie du XIXe siècle, date de cette époque. Cette fois, et pour longtemps, la folie est liée à l’histoire. Ce qui n’ira pas sans lourdes équivoques. Car, avant de parler, avec Freud, de l’histoire du sujet, c’est surtout l’histoire du milieu et de l’organisme qu’on visera.

Le renforcement de l’intervention médicale accentue aussi la scission entre folie et déraison, celle-ci n’étant pas du tout, ou rarement, justiciable d’un traitement. Mais le progrès des idées encyclopédistes accélère encore le phénomène. Les hommes de déraison retrouvent une voix, et c’est pour protester d’être «traités comme des fous».

Surtout, il y a l’indignation. L’épisode célèbre de Pinel à Bicêtre délivrant les malades de leurs chaînes et persuadant Couthon de les leur retirer à jamais exprime une mentalité qui devient générale. On se met à penser que l’idéal serait de soigner le fou au sein de sa famille: ce serait moins coûteux pour la société et le sentimentalisme optimiste des révolutionnaires aime à croire que l’affection des proches pourrait bien être la meilleure médecine. Si ce n’est pas possible, il faudra bien interner. Mais cet internement ne peut appliquer la contrainte pour la contrainte. Celle-ci ne sera utilisée que pour protéger la société ou le fou contre lui-même. Dans ces limites, on lui laissera la plus grande liberté. Le fou (l’idée est nouvelle) pourra ainsi exprimer sa folie dans ce qu’elle a de non nuisible. Ce traitement sera fructueux parce que l’imagination est d’autant plus déréglée qu’elle est plus contrainte. La liberté oblige le fou à confronter son imagination avec les choses.

2. La folie et la science

Cependant, ce régime ne peut fonctionner que si les fous demeurent constamment observés . La folie devient ainsi un objet de connaissance empirique et, pour employer un mot anachronique, psychologique, fort différent de l’objet plus ou moins fantastique qui s’offrait aux spéculations médicales. Mais, «si le nouvel espace de l’internement rapproche, au point de les réunir en un séjour mixte, la folie et la raison, il rétablit entre elles une distance bien plus redoutable, un déséquilibre qui ne pourra plus être renversé, aussi libre que soit la folie dans le monde que lui aménage l’homme raisonnable, aussi proche qu’elle soit de son esprit et de son cœur, elle ne sera jamais pour lui qu’un objet» (M. Foucault). Ce que le Moyen Âge et la Renaissance avaient vu, ce que l’âge classique avait tenté de refouler, à savoir que la folie est un possible de chacun et pour chacun, sera maintenant purement et simplement aboli, car il n’y a rien de commun ni aucun passage entre un sujet possesseur de raison et de science et son objet d’investigation. S’il y a des exceptions, il suffira de lire les auteurs et de s’informer de leur pratique pour s’assurer qu’elles ne vont jamais loin. C’est une question de savoir si l’esprit, voire la pratique psychanalytique, ont pleinement rétabli ce passage, à condition même, c’est une autre question, qu’ils le puissent.

La dissociation positiviste

L’époque positiviste va tirer toutes les conclusions de cet état de choses. Sur le plan de la science, elle défend avec acharnement un idéal immuable, exactement contenu dans le double sens de l’expression pathologie mentale : il n’y a pas d’autre explication ni d’autre cause aux désordres de la conduite, de l’affectivité ou de la pensée que les lésions ou les altérations de la matière cérébrale. À la limite, la psychiatrie se confondra avec la neurologie. L’idéal du savoir sera de faire coïncider la carte des maladies dites mentales avec celle des perturbations et troubles organiques. Il a fallu plus d’un siècle pour qu’on s’avise, et encore, que cette explication de la folie n’explique rien et n’en peut rien expliquer. De ce point de vue, l’histoire exemplaire de la paralysie générale ou syphilis nerveuse est doublement éclairante. Car, d’une part, elle fonde dans les faits un idéal d’organicité auquel ce succès rendra impossible de renoncer, bien que les progrès ultérieurs dans la voie qu’il trace aient été minces sur le plan des psychoses et nuls sur celui des névroses. Et, d’autre part, ce même succès montre aussi, si on y réfléchit, l’inanité de l’explication organique sur le plan de la compréhension de la conduite aberrante ou délirante: en quoi les lésions causées par le tréponème au cerveau du sujet atteint de paralysie générale rendent-elles compte de son délire des grandeurs? Pourquoi ce délire est-il un délire des grandeurs et non pas aussi bien ou plutôt, comme dans le syndrome de Cottard par exemple, un délire de petitesse? Une équivoque analogue tend à s’installer aujourd’hui, sur le plan du traitement, avec les progrès et l’escompte des progrès futurs de la chimiothérapie. Celle-ci, pourtant, n’existe guère à la belle époque du positivisme. Sur le plan de la thérapeutique, la position du psychiatre n’est guère aisée. Si, en tant qu’homme de science, il se comporte en neurologue déterministe, il ne peut accorder de crédit, en tant que thérapeute, qu’à des moyens d’intervention organique, qui, en fait, lui font presque entièrement défaut. Comme il ne peut renoncer, on verra se développer une pratique psychiatrique dont les principes sont en large contradiction avec l’esprit scientifique dont le psychiatre est imprégné. C’est pourquoi ces principes ne sont que rarement conscients et avoués. De fait, la pratique psychiatrique du XIXe siècle et d’une partie du XXe va se confondre avec ce que Foucault nomme «une certaine tactique morale» dans laquelle le prestige thaumaturgique du savoir, totalement ignoré de celui à qui il s’applique, et la toute-puissante autorité de celui qui décide sans appel de l’avenir et de la liberté, vis-à-vis d’un patient qui ne peut que s’abandonner totalement à lui, vont jouer un rôle essentiel. Ils s’avéreront souverains pour «la fausse guérison des fausses maladies». La conception positiviste en psychiatrie, incapable de reconnaître la réalité du lien entre médecin et malade – lequel, par conséquent, une fois forgé, sera utilisé dans la relation thérapeutique, «sauvagement», quelquefois à peu près sans que le praticien en ait conscience –, cette conception est tout autant incapable de reconnaître une vraie maladie dans une paralysie hystérique ou dans tout autre trouble où l’absence de support organique est par trop manifeste; elle est acculée à cette extrémité quasiment inavouable: le psychiatre, dans la mesure où il peut traiter et guérir, ne traite et ne guérit que de fausses maladies.

Pathologie mentale et culpabilité

Et voici qu’apparaît une nouvelle dissociation. L’âge classique n’a jamais cessé d’entretenir une certaine ambiguïté, qu’on appellerait mieux collusion, sur les rapports de la folie et de la faute. La psychiatrie du XIXe siècle, sans bannir toute idée de culpabilité à propos de la folie, tend à dissiper cette ambiguïté dans la mesure où elle cherche, d’une part, à installer partout le plus rigoureux déterminisme, mais aussi, d’autre part, à découvrir, hors du déterminisme organique, quelque «point d’insertion d’une culpabilité». Ici encore l’histoire de la paralysie générale s’avère exemplaire, puisque le développement de cette affection prouve, à la fois, et sans les confondre, l’existence d’un processus organique strictement soumis au déterminisme, et celle d’une faute incontestable. Les «fausses maladies» dont on vient de parler fournissent d’une autre manière la même démonstration. Il n’y a pas de maladie quand il n’y a pas moyen, au moins, de supposer un substrat organique, et les hystériques – l’unanimité s’est faite là-dessus – sont des «imaginaires». Mais, néanmoins, ils (ou elles) se prennent à leur propre jeu, à leur propre comédie. La faute est ici moins claire et d’un autre ordre, mais elle existe puisque ces faux malades cherchent à tromper chacun et eux-mêmes. Les incessantes discussions sur la folie criminelle et sur la dégénérescence posent les mêmes problèmes. La folie criminelle est celle d’un individu, apparemment sain, qui commet soudain un acte criminel qu’aucune raison (profit, passion, égarement antérieur) ne peut expliquer. Cet acte n’est pas raisonnable mais il n’est pas non plus déterminé puisqu’il est sans cause. On ne peut pas davantage juger le sujet irresponsable, car l’irresponsabilité postule l’intrusion d’une cause déterminante qui ôte l’usage de la volonté; or, cette cause n’existe pas. Folle et coupable, telle est la folie criminelle. Quant à la dégénérescence, si elle est soumise à un strict déterminisme, il n’y a guère d’occasions de reconnaître en elle le visage ou les signes de l’innocence.

L’avènement et les découvertes du freudisme ont définitivement compromis la notion de folie, comme avaient aussi entrepris de le faire certains de ses contemporains, qui furent plus ou moins ses adversaires ou ses amis, tels Kraepelin et Bleuler, quand bien même ils fussent demeurés en partie, le premier surtout, tributaires des idées positivistes. Le terme de folie n’a plus et n’a peut-être jamais eu de portée valable que dans la mesure où il vise une réalité sociale, celle de l’existence de ceux qu’on nomme fous. Mais le terme perd tout contenu désignable, tant sur le plan phénoménologique que clinique, dès lors qu’on s’est attaché à une compréhension intrinsèque du sens et des structures des comportements psychopathologiques. Il n’en a conservé un – et le livre de Foucault auquel on s’est souvent référé en fournit, sans le dire, ou peut-être même sans le vouloir, une démonstration éclatante – qu’aussi longtemps qu’il n’y avait pas d’autre base au savoir de la folie que cette réalité sociale, qu’aussi longtemps que la compréhension des fous n’a eu d’autre moyen que la comparaison de leur conduite avec celle des «normaux». Ce n’est qu’en face des normaux qu’on trouve les fous et la folie. Mais ce dernier terme, comme celui de la normalité, n’a de signification que sociale. Dès le moment où l’on s’attache – pour en comprendre le sens intrinsèque et non pour en qualifier le degré d’anomalie ou la mesure des déficits – à la genèse et à la structure des conduites pathologiques, une multitude de différenciations fondamentales s’impose aussitôt, qui rend vain le recours à une désignation unitaire. On demandera alors ce qui autorise à déclarer pathologique une conduite. Il n’y a sans doute pas d’autre réponse que celle de Freud. Est pathologique la conduite de celui qui ne peut aimer ou qui ne peut travailler. Il entendait par là, pour l’amour, l’incapacité d’établir des rapports affectifs et sexuels comportant quelque stabilité et quelque satisfaction; pour le travail, l’incapacité de fournir des prestations proportionnées aux talents du sujet et au niveau de son milieu intellectuel et social.

folie [ fɔli ] n. f.
• 1080; de fol fou
1(REM. En psychiatrie moderne, on parle de maladie mentale ou de troubles mentaux.) Cour. Altération plus ou moins grave de la santé psychique, entraînant des troubles du comportement. aliénation, délire, démence, déséquilibre (mental), névrose, psychose; fam. déglingue, dinguerie; fou. Accès, coup de folie. Folie furieuse ( amok ) , douce, avec, sans violence. Les divagations, les hallucinations de la folie. Simuler la folie. La folie, signe de possession démoniaque au Moyen Âge. « Histoire de la folie à l'âge classique, folie et déraison », ouvrage de M. Foucault. « Aucun des sophismes de la folie, — la folie qu'on enferme, — n'a été oublié par moi » (Rimbaud). « La folie est le rêve d'un seul » (Suarès). Fam. Avoir un grain de folie ( fêlé) . Hist. psychiatr. Folie discordante. schizophrénie. Folie intermittente, périodique, circulaire, formes de psychose maniaque dépressive. Folie raisonnante. Folie de la persécution. Folie du doute. Folie des grandeurs. mégalomanie. Loc. fam. Avoir la folie des grandeurs : avoir le goût du colossal, et par ext. une ambition démesurée.
2Caractère de ce qui échappe au contrôle de la raison. irrationnel. « J'ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l'indifférence » (France). Comment expliquer la folie de ce geste ? Absolt L'irrationnel. « L'Éloge de la folie », d'Érasme.
3Manque de jugement, de bon sens; absence de raison. déraison, extravagance, insanité. Littér. C'est folie de vouloir... : il est fou, absurde de... — Avoir la folie de (et inf.). Il a eu la folie de partir. aveuglement, inconscience. C'est de la folie, de la pure folie. aberration, absurdité, bêtise, délire(fig.).
Passion violente, déraisonnable, et par ext. la passion, l'amour (opposé à raison). « Il n'est pas de véritable amour qui ne soit une folie : “une folie manifeste et de toutes les folies la plus folle”, s'écrie Bossuet » (F. Mauriac).
Loc. adv. À LA FOLIE. follement, passionnément. « Quand elles sont aimées à la folie, elles veulent être aimées raisonnablement » (Balzac ).
4 ♦ UNE FOLIE : idée, parole, action déraisonnable, extravagante. ⇒ absurdité, bizarrerie, extravagance. C'est encore une de ses folies. lubie .
Faire une folie, des folies. extravagance, sottise. Je ferais des folies pour cela. Folies de jeunesse. coup (de tête), escapade, frasque, fredaine. Vieilli ou plais. Faire des folies de son corps : en parlant d'une femme, mener une vie de débauche.
Spécialt Dépense excessive. Vous avez fait une folie en nous offrant ce cadeau.
Vieilli Action ou parole gaie, insouciante. Dire des folies.
Mus. anc. Les folies d'Espagne, danse. « Les Folies françaises », de Couperin.
5(XVIIe et XVIIIe) Vx Maison de plaisance. « Des parcs du XVII e et du XVIII e siècle, qui furent les “folies” des intendants et des favorites » (Proust).
⊗ CONTR. Équilibre, santé. Jugement, raison, sagesse. Tristesse.

folie nom féminin (de fol) Dérèglement mental, démence : Sombrer dans la folie. Manque de jugement : Vous n'aurez pas la folie de démissionner maintenant. Idée, parole, action déraisonnables, insensées : Des folies de jeunesse. Dire des folies. Dépense excessive, inconsidérée : Vous avez fait une folie en nous offrant ceci. Engouement, passion, vif penchant pour quelque chose : Sa folie du jeu le perdra. Autrefois, riche maison de plaisance. (Par exemple dans la banlieue de Paris : la Folie Méricourt.) Nom donné, au XVe s., aux petites pièces de vers appelées depuis épigrammes. ● folie (citations) nom féminin (de fol) Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 […] Un sage se distingue des autres hommes, non par moins de folie, mais par plus de raison. Idées, Étude sur Descartes Flammarion Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 Un fou qui dit par hasard le vrai n'a pas la vérité. Propos d'un Normand, tome V Gallimard André Breton Tinchebray, Orne, 1896-Paris 1966 Les confidences de fous, je passerais ma vie à les provoquer. Ce sont gens d'une honnêteté scrupuleuse, et dont l'innocence n'a d'égale que la mienne. Manifeste du surréalisme Pauvert Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort près de Clermont-Ferrand 1740-Paris 1794 Académie française, 1781 Il y a plus de fous que de sages, et, dans le sage même, il y a plus de folie que de sagesse. Maximes et pensées Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort près de Clermont-Ferrand 1740-Paris 1794 Académie française, 1781 Les trois quarts des folies ne sont que des sottises. Maximes et pensées Jean Cocteau Maisons-Laffitte 1889-Milly-la-Forêt 1963 Académie française, 1955 L'extrême limite de la sagesse, voilà ce que le public baptise folie. Le Rappel à l'ordre Stock Léon Daudet Paris 1867-Saint-Rémy-de-Provence 1942 Un fou peut parfaitement garder son âme intacte. Paris vécu Gallimard Denis Diderot Langres 1713-Paris 1784 Il faut souvent donner à la sagesse l'air de la folie, afin de lui procurer ses entrées. Lettres Xavier Forneret Beaune 1809-Beaune 1884 La folie, c'est la mort avec des veines chaudes. Sans titre, par un homme noir, blanc de visage Michel Foucault Poitiers 1926-Paris 1984 De l'homme à l'homme vrai, le chemin passe par l'homme fou. Histoire de la folie à l'âge classique Plon Anatole François Thibault, dit Anatole France Paris 1844-La Béchellerie, Saint-Cyr-sur-Loire, 1924 Académie française, 1896 La raison est ce qui effraie le plus chez un fou. Monsieur Bergeret à Paris Calmann-Lévy André Frénaud Montceau-les-Mines 1907-Paris 1993 Hölderlin, l'aurore l'enivre. Il s'en va par l'autre chemin. Il n'y a pas de paradis Gallimard Charles de Gaulle Lille 1890-Colombey-les-Deux-Églises 1970 La vie n'est pas le travail : travailler sans cesse rend fou. Propos recueillis par André Malraux dans Les Chênes qu'on abat Gallimard André Gide Paris 1869-Paris 1951 Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu'écrit la raison. Journal Gallimard Sacha Guitry Saint-Pétersbourg 1885-Paris 1957 Il ne me paraît pas assez intelligent pour être fou. Une folie Solar Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 Il y a une foule de sottises que l'homme ne fait pas par paresse et une foule de folies que la femme fait par désœuvrement. Tas de pierres Éditions Milieu du monde Pierre Jean Jouve Arras 1887-Paris 1976 L'art des fous peut nous toucher ; il ne nous enrichit que par ce que nous retrouvons en nous-mêmes de ses étrangetés. Commentaires La Baconnière François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 C'est une grande folie de vouloir être sage tout seul. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 En vieillissant on devient plus fou et plus sage. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 On trouve des moyens pour guérir de la folie, mais on n'en trouve point pour redresser un esprit de travers. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit. Maximes Nicolas Malebranche Paris 1638-Paris 1715 L'imagination est la folle du logis. De la recherche de la vérité Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière Paris 1622-Paris 1673 On cherche ce qu'il dit après qu'il a parlé ; Et je lui crois, pour moi, le timbre un peu fêlé. Les Femmes savantes, II, 7, Chrysale Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Les deux voies naturelles pour entrer au cabinet des Dieux et y prévoir le cours des destinées sont la fureur et le sommeil. Essais, II, 12 folie, transe Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Il faut avoir un peu de folie, qui ne veut avoir plus de sottise. Essais, III, 9 si l'on Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 La plus subtile folie se fait de la plus subtile sagesse. Essais, II, 12 Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu château de La Brède, près de Bordeaux, 1689-Paris 1755 J'ai toujours vu que pour réussir dans le monde, il fallait avoir l'air fou et être sage. Mes pensées Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 Les hommes sont si nécessairement fous, que ce serait être fou par un autre tour de folie, de n'être pas fou. Pensées, 414 Commentaire Chaque citation des Pensées porte en référence un numéro. Celui-ci est le numéro que porte dans l'édition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus généralement répandue — le fragment d'où la citation est tirée. Jean Paulhan Nîmes 1884-Neuilly-sur-Seine 1968 Académie française, 1963 La poésie (et la politique) sont, pour une part, une façon d'utiliser au mieux la folie. Lettre à J. Debû-Bridel Charles Perrault Paris 1628-Paris 1703 Est fou qui veut lutter contre les étoiles. La Chatte cendreuse Marcel Proust Paris 1871-Paris 1922 Nous sommes tous obligés, pour rendre la réalité supportable, d'entretenir en nous quelques petites folies. À la recherche du temps perdu, À l'ombre des jeunes filles en fleurs Gallimard Raymond Queneau Le Havre 1903-Paris 1976 Comment ne pas avoir peur devant cette absence de raison dénuée de toute folie ? Les Temps mêlés Gallimard Arthur Rimbaud Charleville 1854-Marseille 1891 Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l'air du crime. Et j'ai joué de bons tours à la folie. Une saison en enfer, Jadis, si je me souviens bien… Jacques Rivière Bordeaux 1886-Paris 1925 Le seul remède à la folie, c'est l'innocence des faits. Correspondance, à Antonin Artaud, 25 mars 1924 Gallimard Auguste, comte de Villiers de L'Isle-Adam Saint-Brieuc 1838-Paris 1889 Il y a toujours du bon dans la folie humaine. L'Ève future Horace, en latin Quintus Horatius Flaccus Venusia, Apulie, 65-Rome ? 8 avant J.-C. La colère est une courte folie. Ira furor brevis est. Épîtres, I, II, 62 Sénèque, en latin Lucius Annaeus Seneca, dit Sénèque le Philosophe Cordoue vers 4 avant J.-C.-65 après J.-C. Il est parfois bon d'avoir un grain de folie. Aliquando et insanire jucundum est. De la tranquillité de l'âme, 17 Ménandre Athènes vers 342 avant J.-C.-Athènes vers 292 Il est malaisé de corriger en un jour une folie qui date de loin. Le Carthaginois, fg. 262 (traduction G. Guizot) Ménandre Athènes vers 342 avant J.-C.-Athènes vers 292 La sagesse ne convient pas en toute occasion ; il faut quelquefois être un peu fou avec les fous. Les Enchères, fg. 421 K (traduction G. Guizot) Bible Comme le chien revient à son vomissement, le sot retourne à sa folie. Ancien Testament, Livre des Proverbes XXVI, 11 Commentaire Citation empruntée à la « Bible de Jérusalem ». Bible Mais ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre la force. Saint Paul, Épître aux Corinthiens, Ire, I, 27 William Blake Londres 1757-Londres 1827 Si le fou persistait dans sa folie, il deviendrait sage. If the fool would persist in his folly, he would become wise. The Marriage of Heaven and Hell Carlo Alberto Pisani Dossi, dit Carlo Dossi Zenevredo, Pavie, 1849-Cardina, Côme, 1910 Les fous ouvrent les voies qu'empruntent ensuite les sages. I pazzi aprono le vie che poi percorrono i savi. Note Azzurre, 4971 John Dryden Aldwinkle, Northamptonshire, 1631-Londres 1700 Les grands esprits sont sûrement de proches alliés de la folie, et de minces cloisons les en séparent. Great wits are sure to madness near allied, and thin partitions do their bounds divide. Absalom and Achitophel, I Benjamin, dit Ben Jonson Westminster 1572 ?-Londres 1637 La seule sagesse à la portée des pauvres humains, c'est d'extravaguer sur leurs propres folies. The truest wisdom silly men have Is dotage on the follies of their flesh. The Poetasters, IV, 6 William Shakespeare Stratford on Avon, Warwickshire, 1564-Stratford on Avon, Warwickshire, 1616 Bien que ce soit de la folie, voici qui ne manque pas de logique. Though this be madness, yet there is method in it. Hamlet, II, 2, Poloniusfolie (expressions) nom féminin (de fol) Aimer à la folie, excessivement, avec passion, éperdument. C'est pure folie, c'est de la folie douce, c'est absolument déraisonnable. ● folie (synonymes) nom féminin (de fol) Dérèglement mental, démence
Synonymes :
- aliénation
- démence
Manque de jugement
Synonymes :
- bêtise
- délire
- égarement
Contraires :
- équilibre
Idée, parole, action déraisonnables, insensées
Synonymes :
- absurdité
- bêtise
- énormité
Engouement, passion, vif penchant pour quelque chose
Synonymes :
- marotte (familier)
C'est pure folie, c'est de la folie douce
Synonymes :
- déraison

folie
n. f.
d1./d Cour. Dérangement de l'esprit, associé à un comportement étrange. (Ce mot est remplacé dans le vocabulaire médical par maladie mentale.)
d2./d Extravagance, manque de jugement. Ne faites pas cette folie!
|| Acte, propos peu raisonnable. Faire, dire des folies.
Dépense exagérée. Faire une folie.
|| écart de conduite. Folies de jeunesse.
d3./d Loc. adv. à la folie: éperdument. Il l'aime à la folie.

I.
⇒FOLIE1, subst. fém.
A.— 1. Trouble du comportement et/ou de l'esprit, considéré comme l'effet d'une maladie altérant les facultés mentales du sujet. Un état cérébral touchant à la folie (GONCOURT, Journal, 1894, p. 702). N'était-il pas clair comme de l'eau de roche que François était devenu fou, que son suicide avait uniquement pour cause une crise de folie? (QUEFFÉLEC, Recteur, 1944, p. 221). Chacun jugeait l'autre « fou », fou à la lettre. C'est que peut-être certaine intensité de l'être paraît toujours folie et que nous ne semblons sains d'esprit que parce qu'un long usage nous a appris à cacher nos prétentions (GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1948, p. 194) :
1. Pourquoi cet homme bon, simple, religieux, aurait-il tué des enfants, et les enfants qu'il semblait aimer le plus, qu'il gâtait, qu'il bourrait de friandises, pour qui il dépensait en joujoux et en bonbons la moitié de son traitement? Pour admettre cet acte, il fallait conclure à la folie! Or, Moiron semblait si raisonnable, si tranquille, si plein de raison et de bon sens, que la folie chez lui paraissait impossible à prouver.
MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Moiron, 1887, pp. 1145-1146.
2. En partic. [Le concept de folie est défini dans une approche sc. et/ou institutionnelle]
a) PSYCH., MÉD. La folie (...) n'est autre chose que le désordre ou le défaut d'accord des impressions ordinaires (CABANIS, Rapp. phys. et mor., t. 1, 1808, p. 90). La folie sera dans le dérangement des fonctions nerveuses (C. BERNARD, Princ. méd. exp., 1878, p. 289). La faiblesse d'esprit et la folie paraissent être la rançon que nous devons payer pour la civilisation industrielle, et les changements dans le mode de vie amenés par elle. D'autre part, elles font souvent partie du patrimoine héréditaire reçu par chacun (CARREL, L'Homme, 1935, p. 186) :
2. La psychiatrie classique (...) définit médicalement la folie comme existant à l'intérieur de la personne examinée. Cette croyance en une folie logée dans l'individu est partagée par les malades et leur famille. « La folie est entrée dans mon fils » me dit un père « il se décharge de trop avec sa masturbation; à mon avis il faudrait le châtrer, ça supprimerait la cause et ferait sortir la folie. »
M. MANNONI, Le Psychiatre, son « fou », et la psychanalyse, Paris, Éd. du Seuil, 1970, p. 25.
[Suivi d'un déterm. pour former le nom d'une catégorie dans les nosographies psychiatriques]
) [Déterm. adj. spécifiant un aspect des symptômes]
Folie furieuse. Trouble mental accompagné de manifestations de violence. (Quasi-)anton. folie douce, paisible :
3. Mais sitôt qu'il [l'effet des maladies] devient plus grave, il se manifeste par des bouleversemens sensibles à tous les yeux : c'est déjà ce qu'on appelle délire. Si le désordre est encore plus grand, c'est la manie, la folie complète, soit paisible, soit furieuse.
CABANIS, Rapp. phys. et mor., t. 1, 1808, p. 53.
Folie circulaire, intermittente, périodique. Psychose maniaque dépressive caractérisée par une alternance de phases d'excitation et de phases dépressives (d'apr. Méd. Biol. t. 2 1971). Le psychiatre allemand Kretschmer (1921) remarqua que les malades atteints de folie circulaire différaient de ceux présentant de la démence précoce, non seulement du point de vue pathologique, mais également par leur type morphologique (Hist. sc., 1957, p. 1396).
Folie communicante, communiquée, simultanée. Délire dans lequel les idées délirantes naissent et se développent par interaction chez deux ou plusieurs sujets (d'apr. Méd. Biol. t. 2 1971).
Folie morale. ,,Déséquilibre psychique`` (d'apr. Méd. Biol. t. 2 1971). À la rigueur morale de l'obsédé s'oppose l'absence de sens éthique du pervers, dont les troubles de comportement (...) finissent par aboutir aux actes antisociaux, à la délinquance, au crime, et à la folie morale (DELAY, Ét. psychol. méd., 1953, p. 149).
Folie raisonnante. ,,Délire évoluant de façon logique à l'aide principalement d'interprétations avec conservation de la lucidité et de l'intelligence`` (Méd. Biol. t. 2 1971). Cette paranoïa caractérielle acquise devient un véritable délire paranoïaque de type Serieux-Capgras, c'est-à-dire une folie raisonnante (DELAY, Ét. psychol. méd., 1953 p. 159).
Rem. Avec le même sens : folie lucide, folie méthodique, folie systématique. (Dict. XIXe et XXe s.; dict. spécialisés).
Folie chaude, érotique, mélancolique, mystique, utérine. (Dict. XIXe et XXe s.).
) [Déterm. subst.] Folie du doute, des grandeurs, de la persécution.
b) DR. La dernière pièce n'est pas la moins curieuse : « projet des cousins de Mademoiselle Dufour, de présenter une requête au tribunal, tendant à faire déclarer inhabile à tester, pour cause de folie, ladite demoiselle » (GOZLAN, Notaire, 1836, p. 102). Les aliénés ne votent pas. Ils ne sont privés de la jouissance du droit de vote que si leur folie est judiciairement constatée par l'interdiction (VEDEL, Dr. constit., 1949, p. 341).
Rem. Dans ces disciplines, l'emploi du terme folie tend à disparaître à cause de son caractère ,,général et très vague`` (LAL. 1968) ou de sa connotation péj. et sous l'influence de conceptions nouvelles de la santé et de la maladie mentale. Il en est de même des différentes lexies (v. supra a , ) définies dans les nosographies psychiatriques du XIXe s. et du déb. du XXe s. Le terme folie est remplacé par maladie mentale, aliénation mentale ou un terme défini dans les nosographies contemp. (lexie composée des termes : psychose, délire, plus rarement, démence, ou terme formé à l'aide de l'élément de composition -phrénie).
c) Dans diverses sc. hum. contemp. Phénomènes humains rapportés à une conception de l'homme comme être inconscient. Le problème de la folie est inséparable de la question posée par l'homme sur son identité (M. MANNONI, Le Psychiatre, son « fou », et la psychanalyse, Paris, Éd. du Seuil, 1970 p. 29). À deux grandes mutations du capitalisme industriel, celle de sa formation et celle de sa métamorphose présente, ont correspondu, dans le romantisme et dans l'agitation des étudiants, des phénomènes analogues; et, entre autres, la découverte ou la redécouverte de l'Imaginaire, et de la folie comme manipulation créatrice de cet Imaginaire (R. BASTIDE, Les Sciences de la folie, Paris, La Haye, Mouton, 1972, p. 16) :
4. Ruse et nouveau triomphe de la folie : ce monde qui croit la mesurer, la justifier par la psychologie, c'est devant elle qu'il doit se justifier, puisque dans son effort et ses débats, il se mesure à la démesure d'œuvres comme celle de Nietzsche, de Van Gogh, d'Artaud. Et rien en lui, surtout pas ce qu'il peut connaître de la folie, ne l'assure que ces œuvres de folie le justifient.
M. FOUCAULT, Hist. de la folie à l'âge class., Paris, Plon, 1961, p. 643.
B.— État psychologique passager de trouble intense ou d'exaltation, causé par une forte émotion ou un sentiment violent et qui peut (dans certains contextes) être assimilé à un accès de folie (au sens A 1 supra). Mes facultés s'altéreraient s'il fallait supporter plus longtemps l'absence, et souvent j'éprouve des mouvements de folie (STAËL, Lettr. L. de Narbonne, 1792, p. 59). La jeune fille, arrachée du sommet d'un rêve sublime par une invisible et féroce main, tomba, tomba de si haut qu'elle eut un instant de folie. Elle étouffa le cri d'une douleur aiguë (MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p. 135) :
5. ... il la saisit par la taille, et, pris de folie, l'entraîna en courant; et il l'embrassait sur la joue, sur la tempe, sur le cou, tout en sautant d'allégresse. Ils s'abattirent, haletants, au pied d'un buisson incendié par les rayons du soleil couchant, et, avant d'avoir repris haleine, ils s'unirent, sans qu'elle comprît son exaltation.
MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Femme de Paul, 1881, p. 1224.
En partic. Folie générale, folie collective. (Quasi-) synon. frénésie, hystérie. Durtal se sentit frémir, car un vent de folie secoua la salle. L'aura de la grande hystérie suivit le sacrilège et courba les femmes (HUYSMANS, Là-bas, t. 2, 1891, p. 167). Ville en folie.
Vieilli. Avec folie. Il reparut sur la plate-forme supérieure, toujours l'Égyptienne dans ses bras, toujours courant avec folie, toujours criant : Asile! et la foule applaudissait (HUGO, N.-D. Paris, 1832, p. 404).
P. ext., loc. adv. À la folie. Beaucoup, excessivement. Je t'aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout. (Quasi-)synon. passionnément. Elle se tourmente à la folie, la pauvre petite. Elle ne veut pas croire aux assurances que nous lui donnons (VOGÜÉ, Morts, 1899, p. 394). Le temps était à la joie. Un vent frais faisait bondir gentiment le lac. Angélo aimait à la folie la lumière du matin (GIONO, Bonh. fou, 1957, p. 74).
Spécialement
1. Vieilli. Amour, désir. Dans le langage populaire, amour et folie ne font souvent qu'un (CUREL, Nouv. Idole, 1899, II, 3, p. 207) :
6. Quand nous en serons au temps des cerises,
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête.
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur.
J.-B. CLÉMENT ds Les Poètes de la Commune, Paris, Seghers, 1970, p. 97.
Expressions
Douce folie. Doux égarement. L'amour douce folie épisode trop court du roman de la vie (CHÊNEDOLLÉ, Journal, 1833, p. 179). — Voici le temps de rêve et de douce folie Où le cœur, que l'odeur du jour vient enivrer, Se livre au tendre ennui de toujours espérer L'éclosion soudaine et bonne de la vie (NOAILLES, Cœur innombr., 1901, p. 43).
Folie de son corps (vieilli). Débauche. Faire folie de son corps (Ac.). Elle jetait alors sa jeunesse aux quatre coins des ateliers, dans une telle folie de son corps, que chaque semaine elle déménageait ses trois chemises, quitte à revenir pour une nuit, si le cœur lui en disait (ZOLA, Œuvre, 1886, p. 113).
En folie. [En parlant d'un animal] En chaleur, en rut. Faites donc taire votre chienne et, si elle est en folie, faites-la couvrir sans tarder (AYMÉ, Tête autres, 1952, p. 129).
2. Rage folle. Il avait touché l'argent, il devait en rendre la moitié. Un instant, il chercha; puis, ne trouvant pas de retraite, dans la folie qui montait et lui battait le crâne, il se rua brusquement sur Jean (ZOLA, Terre, 1887, p. 390).
SYNT. [Correspond à A 1 et B supra] Accès, attaque, coup de folie; être atteint, frappé, pris de folie; acte de folie; sombre folie; folie dangereuse, noire; sombrer dans, être au bord de la folie.
Rem. On relève ds la docum. a) Folie précédé de l'art. indéf. au sens de « un accès de folie ». Une folie la saisit : il la regardait, c'est sûr! Elle eut envie de courir dans ses bras (FLAUB., Mme Bovary, t. 2, 1857, p. 69). b) La constr. subst. + de folie (en fonction de déterm.) équivalente à subst. + de fou et/ou subst. + fou (v. fou I B 1 a). Ne regarde pas ces murs, de ces yeux de folie! (ZOLA, Madeleine, 1889, II, 10, p. 34).
C.— 1. [Avec, éventuellement, une valeur dépréc. de condamnation ou de rejet]
a) Conduite, comportement qui s'écarte de ce qui serait raisonnable aux regards des normes sociales (dominantes ou propres à l'idéologie du locuteur) et qui est considéré comme l'expression d'un trouble de l'esprit (au sens A 1 supra) et/ou d'un manque de sens moral, de bon sens ou de prudence. À des raisonnements concluants, il répondait par l'objection d'un enfant qui mettrait en question l'influence du soleil en été. La comtesse l'emporta. La victoire du bon sens sur la folie calma ses plaies (BALZAC, Lys, 1836, p. 133). La soie serait baissée, on la laisserait à cinq francs trente, prix au-dessous duquel personne ne pouvait descendre, sans folie (ZOLA, Bonh. dames, 1883, p. 577) :
7. On doit se marier, cela est prouvé; mais ce qui est devoir sous un rapport peut devenir folie, bêtise ou crime sous un autre. Il n'est pas si facile de concilier les divers principes de notre conduite. On sait que le célibat en général est un mal; mais que l'on puisse en blâmer tel ou tel particulier, c'est une question très-différente.
SENANCOUR, Obermann, t. 2, 1840, p. 204.
Expressions
Grain de folie. On dirait qu'il y a un grain de folie dans tous les autres; lui seul [Titien] est de bon sens, maître de lui, de son exécution, de sa facilité qui ne le domine jamais et dont il ne fait point parade (DELACROIX, Journal, 1857, p. 58). Peut-être n'existe-t-il pas d'opinion politique qui ne renferme un grain de folie (MAURIAC, Bâillon dén., 1945, p. 487).
Folie douce. Déraison sans conséquence. À peine sortis des intérêts sociaux les plus directs et les plus nécessaires à leur subsistance, on les voit avec étonnement s'élancer dans ce qu'ils appellent leur philosophie; c'est une espèce de folie douce, aimable, et surtout sans fiel (STENDHAL, Amour, 1822, p. 162).
b) Spécialement
) Emploi attributif. [Précédé de l'art. partitif ou sans art.] Si vivre dans les villes est folie, au moins New-York est-il une folie qui en vaut la peine (MORAND, New-York, 1930, p. 267). Revenir seule, mais c'est de la folie, Paule! protesta faiblement papa, aussi blanc que nous (H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 127).
Vieilli. Il y a de la folie, une folie + adj. à + inf. Il y a, souffre le mot, il y a de la folie à ne voir le bonheur que dans une situation toujours rare et jamais durable (STAËL, Lettres jeun., 1791, p. 437). N'y a-t-il pas une présomptueuse et hautaine folie à prétendre juger toutes les femmes? (MUSSET, Quenouille Barb., 1840, I, 3, p. 300).
C'est folie, une folie + adj. (à qqn) (que) de + inf. Ce serait une grande folie à moi de ne pas profiter du voyage d'Italie pour en faire un en Allemagne (CONSTANT, Journaux, 1804, p. 122). C'était folie de ma part que de vouloir atteindre au ciel (CAMUS, Chev. Olmedo, 1957, 1re journée, 10, p. 736).
SYNT. Taxer qqn, qqc. de folie, appeler qqc. folie, traiter qqc. de folie; c'est de la folie furieuse, de la folie pure.
) Emploi interjectif. D. Francisca. — Eugenio travaille (...) à son ouvrage (...) et du produit qu'il en retirera... D. Maria. — Folie! mes seules boucles d'oreilles en diamans se vendront plus cher que les ouvrages qu'il pourra faire (MÉRIMÉE, Théâtre C. Gazul, 1825, p. 355). Gringoire fut effrayé de son air. Il se hâta de dire : — Oh! non pas moi! Notre mariage était un vrai forismaritagium. Je suis resté dehors. Mais enfin on obtiendrait un sursis. — Folie! infamie! tais-toi! (HUGO, N.-D. Paris, 1832, p. 447).
c) P. méton.
) Acte, action contraire au bon sens, à la raison ou considéré comme tel. Faire des folies pour qqn, pour qqc. Faire quelque folie, et par là il entend sans doute un mariage d'amour (SAND, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 34). Je me demande s'il ne serait pas temps d'en finir avec ces périlleuses folies pour rentrer simplement dans l'ordre de la raison et de la loi (CLEMENCEAU, Vers réparation, 1899, p. 239). Vous me proposez un crime, une horreur, une folie! (COCTEAU, Par. terr., 1938, II, 9, p. 253) :
8. Comme si, pour affirmer et pour agir, il était nécessaire d'ignorer ces besoins de tête et de cœur, source ordinaire des fautes et des folies qui rendent la vie des ardents et des passionnés énigmatique aux calculateurs et aux ambitieux.
BLONDEL, Action, 1893, p. 162.
Faire la folie de + inf. ou subst. Monsieur d'Aubrion, bon vieillard (...) avait fait la folie d'épouser une femme à la mode (BALZAC, E. Grandet, 1834, p. 234). C'est pourtant à la clarté de cette liberté, à laquelle je n'ai pas voulu qu'on touchât, que la folie de la guerre d'Espagne a été faite (CHATEAUBR., Mém., t. 3, 1848, p. 203).
Spéc. Dépense excessive ou pour un achat condamnable. Il est complétement ruiné; des folies incroyables, des spéculations hasardées et inutiles (...) l'ont jeté dans une situation dont il lui est presque impossible de sortir (KARR, Sous tilleuls, 1832, p. 284). Ce n'est pas dans les circonstances où ta mort nous a laissés qu'il convient de faire des folies et de jeter l'argent par les fenêtres (ABOUT, Roi mont., 1857, p. 225).
) Propos, idée, projet contraire au bon sens, à la raison ou considéré comme tel. J'excepte Mme Damoreau, la plus belle des belles et même des rêvées et pour laquelle... mais je ne veux pas écrire cette folie-là (BARB. D'AUREV., Memor. 1, 1837, p. 133). Il y a dans l'histoire romaine de Mommsen, ramassées en germe, toutes les folies sociologiques et les sottises historiques des épigones de maintenant (BARRÈS, Cahiers, t. 11, 1914-17, p. 125) :
9. HONORINE. — Monte dans ta chambre, va faire tes paquets, et file! CLAUDINE. — Norine, ne dis pas des folies... Tais-toi, Norine... Tais-toi! HONORINE. — C'est encore pire que Zoé! C'est la honte sur la famille! Va-t'en tout de suite, ou je te jette dehors à coups de bâton, petite cagole!
PAGNOL, Fanny, 1932, I, 2e tabl., 6, p. 93.
SYNT. [Correspond à et supra] Les folies de l'amour, de l'imagination, de la jeunesse, de la passion.
) [Construit avec un compl. prép. de spécifiant un comportement partic.; gén. déterminé par un poss.] Erreur, illusion rapportée à un désir déraisonnable. La dernière folie qui me restera probablement, ce sera de me croire poète : c'est à la critique de m'en guérir (NERVAL, Filles feu, 1854, p. 503) :
10. Elle [la révolution] n'a sans doute qu'un mépris justifié pour la morale formelle et mystificatrice qu'elle trouve dans la société bourgeoise. Mais sa folie a été d'étendre ce mépris à toute revendication morale.
CAMUS, Homme rév., 1951, p. 309.
Vieilli. Avoir la folie de + inf. Si j'avois encore la folie de croire au bonheur, je le chercherois dans l'habitude (CHATEAUBR., Génie, t. 1, 1803, p. 433). Tu as eu la grossièreté, comme on dit, la folie de préférer le sarreau de toile et la blouse au pantalon à lacets et sous-ventrières (BOREL, Champavert, 1833, p. 222).
d) [Construit avec un compl. prép. de désignant l'objet d'un désir]
) Désir, goût excessif et exclusif de (quelque chose). (Quasi-)synon. manie, passion, marotte (fam.). Quelquefois une folie me prend de vaincre le temps (VALÉRY, Corresp. [avec Gide], 1899, p. 361). Ce qui m'irrite un peu dans ce gros livre, je dois le dire, c'est la folie des statistiques (GREEN, Journal, 1948, p. 169). Folie des grandeurs :
11. Avec cette rage d'aventures, ce besoin d'émotions fortes, cette folie de voyages, de courses, de diable au vert, comment diantre se trouvait-il que Tartarin de Tarascon n'eût jamais quitté Tarascon?
A. DAUDET, Tartarin de T., 1872, p. 20.
En partic. [En parlant d'une pers.] Objet d'un désir ardent, excessif. Joseph... Je suis sa première folie. Il a vécu trente ans avec sa femme, dont il a une fille. Elle est morte l'autre année. Et voilà, tout d'un coup, cet homme grave, ce protestant qui entretient une poule (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 310).
) (Quasi-)synon. de fièvre. La folie de conquêtes coloniales, qui s'était emparée des Français au lendemain de leur défaite (MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p. 415).
Objet d'un mouvement d'opinion, d'un engouement collectif. Le journalisme sera la folie de notre temps! (BALZAC, Illus., 1843, p. 599). La folie du moment est d'arriver à l'unité des peuples et de ne faire qu'un seul homme de l'espèce entière (CHATEAUBR., Mém., t. 4, 1848, p. 586).
2. [Sans valeur dépréc. de condamnation ou de rejet]
a) Conduite, comportement qui, affranchi des convenances ou des normes sociales (dominantes ou propres à l'idéologie du locuteur), s'accompagne de gaieté, d'insouciance ou les entraîne. Joyeuse, aimable, bonne folie; un brin de folie. L'Égyptienne lui donna quelques petits coups de sa jolie main sur la bouche avec un enfantillage plein de folie, de grâce et de gaieté (HUGO, N.-D. Paris, 1832, p. 342). Il [Don Juan] est assis seul, à sa table somptueuse, le verre à la main, ivre, charmant d'inconscience et de folie — et Dona Elvire abandonnée, trahie, bafouée par lui, vient une suprême fois le supplier de se repentir (...) et le fou lui répond : Le vin! les femmes! la jeunesse...! (MAURIAC, Journal 2, 1937, p. 141) :
12. Dans ces maisons bourgeoises, cette joie suprême ne s'accomplit pas sans quelques énormités. Les personnages imposants sont partis; l'ivresse du mouvement, la chaleur communicative de l'air, les esprits cachés dans les boissons les plus innocentes ont amolli les callosités des vieilles femmes qui, par complaisance, entrent dans les quadrilles et se prêtent à la folie d'un moment; les hommes sont échauffés (...). Le Momus bourgeois apparaît suivi de ses farces! Les rires éclatent, chacun se livre à la plaisanterie en pensant que le lendemain le travail reprendra ses droits.
BALZAC, C. Birotteau, 1837, p. 216.
La Folie. Personnage allégorique symbolisant la gaieté et l'extravagance. Bonnets, grelots, marotte de la Folie. Quelle est la muse de céans? Pierrot exprime que c'est la Folie. La Folie? Ah! vraiment! Votre salle est divine! Son aspect est gai comme un pinson! (BANVILLE, Odes funamb., 1859, p. 130).
P. méton. Personne costumée en Folie. La soubrette aux bras de la Folie, dont les grelots tintaient (ZOLA, Page amour, 1878, p. 900).
b) P. méton., au sing. ou au plur. Acte ou propos très gai, un peu extravagant. Elle aimait à nous recevoir, à entendre nos folies, à en dire, à nous faire jaser (MICHELET, Mémor., 1820-22, p. 194). Je lui disais tout ce qui me traversait l'esprit, farces, folies et chansons (MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p. 134) :
13. Nous avons été (...) interrompus par une étrange folie de Cécile. — Cécile (...) s'est avisée tout à coup de saisir deux cerises accouplées par la queue et de les planter à cheval sur son nez...
FEUILLET, Journal femme, 1878, p. 63.
Faire des folies de (qqc.). Nous avons fait dans les magasins des folies de cartables, de plumiers, de crayons de couleur (MAURIAC, Asmodée, 1938, IV, 7, p. 157).
c) En partic.
MUS. Danse vive et bruyante d'origine portugaise et courante en Espagne (folía). — Oh! mademoiselle, la castagnette n'est pas un instrument!... c'est bon pour s'accompagner en dansant le bolero ou les folies d'Espagne (KOCK, Zizine, 1836, p. 150).
THÉÂTRE, vx. Sorte de vaudeville comique. Je fais mes farces, folie, mélée [sic] de couplets, par MM. Désangiers, Gentil et Brazier (...) Nouvelle éd., Paris, Barba, 1834 [1815].
P. méton. [Sert à former le nom de certains théâtres] Le directeur des Folies-dramatiques venait de faire des offres superbes (ZOLA, Nana, 1880, p. 1323). Le spectacle des Folies fit diversion. Le docteur goûta beaucoup les vieilles chansons interprétées par Yvonne Printemps (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 224).
D.— Spéc. [Correspond à fou I A, B 2, C, D] Caractère fou de (quelqu'un, quelque chose). Le vieux charpentier plus convaincu que jamais de ma folie, et moi réfléchissant à l'aveugle suffisance du vulgaire (NODIER, Fée Miettes, 1831, p. 168). La folie des ornements et l'étrangeté des couleurs (GAUTIER, Tra los montes, 1843, p. 207). Ces paroles du cocher achevèrent de démontrer à Rocambole la folie de ses soupçons (PONSON DU TERR., Rocambole, t. 3, 1859, p. 458) :
14. Il pensa à la folie des vœux éternels, à la vanité de la chasteté, de la science, de la religion, de la vertu, à l'inutilité de Dieu.
HUGO, N.-D. Paris, 1832, p. 406.
Rem. La docum. atteste des emplois rares. a) [Correspondant à fou I E 2] Les tramways feux verts sur l'échine Musiquent au long des portées De rails leur folie de machines (APOLL., Alcools, 1913, p. 59). b) [Avec un sens quantitatif] Une folie + subst. plur. [Il] revint éreinté, la bourse vide, émerveillé des folies de végétation qu'il avait vues (HUYSMANS, À rebours, 1884, p. 118).
E.— En partic. [Le concept de folie est défini dans diverses approches philos. comme ce qui est contraire aux valeurs idéales de sagesse et de raison]
1. Dans le domaine de la philos. morale.
a) Anton. de sagesse. Il y a plus de fous que de sages, et dans le sage même il y a plus de folie que de sagesse (CHAMFORT, Max. et pens., 1794, p. 32). Agrippa célébrait l'âne, Érasme la folie, le Bernia la peste (SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 1, 1840, p. 285). La nature est toujours là, pourtant. Elle oppose ses ciels calmes et ses raisons à la folie des hommes (CAMUS, Été, 1954, p. 115) :
15. Le fou est remarquable par ses gestes, et le sage par ses actions. L'artiste est celui qui passe de folie à sagesse, en modelant l'objet selon son geste, ce qui fait passer ses pensées à l'existence. Corps agité, folie; corps agissant, sagesse...
ALAIN, Propos, 1925, p. 651.
b) Anton. de raison. Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu'écrit la raison. Il faut demeurer entre les deux, tout près de la folie quand on rêve, tout près de la raison quand on écrit (GIDE, Journal, 1894, p. 50).
2. MYSTIQUE CHRÉT. [Folie est employé pour désigner la foi, qui semble déraisonnable aux incroyants et, par renversement, le savoir et la conduite des incroyants, qui semblent déraisonnable pour celui qui a la foi] Ce qu'il [saint Paul] entend faire, c'est éliminer l'apparente sagesse grecque, qui n'est en réalité que folie, au nom de l'apparente folie chrétienne, qui, en réalité, est sagesse (GILSON, Espr. philos. médiév., 1931, p. 23).
Folie de la croix. Mystère de la crucifixion du Christ. La folie de la croix est, selon saint Paul, au cœur même de l'acte de foi. Celui-ci comporte un renoncement, une mort à la sagesse du monde, une crucifixion de l'esprit, un abandon à la sagesse de Dieu (Rom., 4, 18-21; 2 Cor. 10, 5) (Dict. de spiritualité, Paris, Beauchesne, 1964, p. 639).
P. anal. Cette perpétuelle recherche du vrai qui passe pour folle puisque tout le monde se contente d'une vague folie et traite de fous ceux qui s'approchent du vrai, on n'a qu'à vivre quelques minutes chez Picasso pour prendre contact avec elle (COCTEAU, Maalesh, 1949, p. 16).
REM. 1. Folailler, verbe intrans. Je suis venu te prévenir. Irène est en train de folailler (LA VARENDE, Am. Bonneville, 1955, p. 155). 2. Folaillerie, subst. fém. Vous semblez y mettre, chacun le sien, un grain de folaillerie (LA VARENDE, Cœur pensif, 1957, p. 101). 3. Cache-folie, subst. masc., vieilli. Postiche en cheveux. Il se flatte de réussir également bien dans les faux toupets et dans les bustes, dans les cache-folies et dans les bas-reliefs (JOUY, Hermite, t. 2, 1812, p. 82).
Prononc. :[]. Étymol. et Hist. Ca 1100 dire folie, oir folie (Roland, éd. J. Bédier, 496, 2714). Dér. de fol, fou1; suff. -ie. Bbg. FELMAN (S.). La Folie ds l'œuvre romanesque de Stendhal. Paris, 1971, 253 p. — HUMEZ (P.A.). The Vocalic system of modern standard French. Ann Arbor-London, 1977, pp. 262-270. — KÖNNEKER (B.). Wesen und Wandlung der Narrenidee im Zeitalter des Humanismus. Wiesbaden, 1966, 480 p. — LEW. 1960, p. 167, 181. — PAULI 1921, p. 97. — QUEM DDL t. 8. — VRBKOVÁ (V.). La Méthode ds l'ét. du ch. conceptuel de l'amour. Sborník Prací Filos. Fak. brn. Univ. 1971, t. 20, p. 26.
II.
⇒FOLIE2, subst. fém.
Vieilli. Riche maison de plaisance. Linderhof. C'est, au milieu des plus épaisses forêts, une galante maison de style rococo, une « folie » toute capitonnée et machinée de trucs d'opérette (BARRÈS, Enn. Lois, 1893, p. 223).
Prononc. :[]. Étymol. et Hist. 1. 1185 La Folie toponyme (Dict. topographique de la France, Aube, cité ds Romania t. 62, p. 381); 1410 la Folie Herbelin (ibid., Eure-et-Loir, ibid.); 2. 1690 (FUR. : Il y a aussi plusieurs maisons que le public a baptisées du nom de la folie, quand quelqu'un y a fait plus de despense qu'il ne pouvoit, ou quand il a basti de quelque maniere extravagante). Prob. altération d'apr. folie1 (cf. Hubertifolia, 1077, Dict. topographique de la France, Calvados ds Romania, loc. cit.) de feuillée qui présentait dans le domaine pic. des formes anc. en -ie (foillie, fullie, folie, v. T.-L.) : à partir du sens de « abri de feuillage; petite maison, cabane », le mot a désigné une maison de campagne, et l'étymol. pop., qui le rapprochait dep. longtemps de folie1 (cf. loculus stultitiae, 1080, Dict. topogr., Eure-et-Loir, ds Romania, loc. cit.) a justifié ce terme en faisant réf. à une idée de construction dispendieuse ou extravagante (v. Ch. NYROP, Ling. et hist. des mœurs, pp. 229-238; FEW t. 3, p. 679b et 686a note 13).
STAT. — Folie1 et 2. Fréq. abs. littér. :5 098. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 7 569, b) 7 335; XXe s. : a) 7 810, b) 6 594.
BBG. — MAWER (A.). La Folie in place-names. Romania, 1936, t. 62, pp. 378-385. — MICHAËLSSON (K.). Franskt La Folie — svensk Fåfängan. Namn och Bygd. Särtryck, 1937, pp. 130-173.

1. folie [fɔli] n. f.
ÉTYM. 1080, Chanson de Roland; de fol. → Fou.
A
1 Cour. (Vx en psychiatrie [→ Maladie (mentale), névrose, psychose; et aussi -manie, -phobie], sauf dans certaines expressions). Trouble mental; dérèglement, égarement de l'esprit. Aliénation, délire, démence, déséquilibre (mental), vésanie (vx); fou (I. et II., 1.). || Être atteint de folie, frappé de folie. || La folie et la raison. || Accès de folie, coup, crise de folie (→ Attendre, cit. 114). || Son comportement dénote la folie. || Simuler la folie; folie simulée. || L'ellébore passait pour guérir la folie. || Folie incurable.Fam. || Il a un grain de folie. Fêlure. || Les divagations, les hallucinations de la folie. || Histoire de la folie à l'âge classique, ouvrage de M. Foucault.
1 (…) les grands hommes ont toujours du caprice, quelque petit grain de folie mêlé à leur science.
Molière, le Médecin malgré lui, I, 4.
2 On trouve des moyens pour guérir de la folie, mais on n'en trouve point pour redresser un esprit de travers.
La Rochefoucauld, Maximes, 318.
3 Qu'est-ce que la folie ? c'est d'avoir des pensées incohérentes et la conduite de même. Le plus sage des hommes veut-il connaître la folie, qu'il réfléchisse sur la marche de ses idées pendant ses rêves (…) La folie pendant la veille est de même une maladie qui empêche un homme nécessairement de penser et d'agir comme les autres. Ne pouvant gérer son bien, on l'interdit; ne pouvant avoir des idées convenables à la société, on l'en exclut; s'il est dangereux, on l'enferme; s'il est furieux, on le lie.
Voltaire, Dict. philosophique, Folie.
4 (…) la folie, cette crise que nous méprisons, est le souvenir d'un état antérieur qui trouble notre forme actuelle.
Balzac, Massimilla Doni, Pl., t. IX, p. 369.
5 Les hommes m'ont appelé fou; mais la science ne nous a pas encore appris si la folie est ou n'est pas le sublime de l'intelligence (…) si tout ce qui est la profondeur, ne vient pas d'une maladie de la pensée (…) Ceux qui rêvent éveillés ont connaissance de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu'endormis.
Baudelaire, Trad. E. Poe, Histoires grotesques et sérieuses, « Éléonora ».
6 Aucun des sophismes de la folie, — la folie qu'on enferme, — n'a été oublié par moi (…)
Rimbaud, Une saison en enfer, Délires, II.
6.1 (…) on ne saurait contester à Morel qu'« en maintes circonstances la folie n'est rien de plus que l'exagération du caractère habituel », mais les constitutionnalistes orthodoxes la définissent comme « l'ensemble des caractères préformés dans un individu dès le début de son existence biologique et transmissibles comme tels héréditairement ».
Jean Delay, la Psycho-physiologie humaine, p. 93.
(Loc. vieillies). Psychiatrie. || Folie à deux (communiquée ou simultanée par contagion réciproque) : délire de même espèce, se manifestant chez deux individus vivant ensemble. || Folie discordante, caractérisée par le manque d'harmonie entre les diverses fonctions psychiques (schizophrénie). || Folie raisonnante : délires d'interprétation, de revendication… ( Paranoïa). || Folie de la persécution. || Folie du doute.Vx. || Folie érotique. Érotomanie; érotisme (vx), perversion (sexuelle).(1854, J.-P. Falret). Vx. || Folie circulaire; (1899, Kraepelin) folie maniaque dépressive : psychose maniaco-dépressive. On a employé aussi folie à double forme (1854, J. Baillarget), folie périodique (adapt. de l'allemand), folie intermittente, folie alterne.Folie du doute : rite apparaissant dans certaines formes de névroses obsessionnelles.Vx. || Folie partielle : psychoses délirantes chroniques, mélancolie ( Monomanie).(Mil. XIXe; trad. angl. moral insanity, Pritchard, 1835, systématisé par P. Sérieux et J. Capgras, 1910). || Folie morale : ensemble de troubles « moraux » présentés par certaines personnalités psychopathiques, « absence ou (…) perversion profonde des sentiments normaux de moralité » (Lalande); (syn. au XIXe : folie des dégénérés, B. A. Morel). Perversion.Vx. || Folie systématique. Paranoïa.
7 Il s'est avancé vers le fou, l'a aidé avec bienveillance à replacer sa dignité dans une position normale, lui a tendu la main, et s'est assis à côté de lui. Il remarque que la folie n'est qu'intermittente; l'accès a disparu; son interlocuteur répond logiquement à toutes les questions.
Lautréamont, les Chants de Maldoror, p. 249.
8 Ce que pour les champs on appelle culture alternée, on l'appelle chez les hommes folie circulaire.
Gide, Journal 1889-1939, Littérature et morale.
9 Les conditions qui favorisent le développement de la faiblesse d'esprit et de la folie circulaire se manifestent surtout dans les groupes sociaux où la vie est inquiète, irrégulière et agitée, la nourriture trop raffinée ou trop pauvre, la syphilis fréquente (…)
Alexis Carrel, l'Homme, cet inconnu, p. 187.
tableau Principales maladies et affections.
Ethnol. Ensemble de manifestations de comportement liées à un désordre psychique, spécifiques de certains groupes ethniques. || Étude des folies ethniques en ethnopsychiatrie. || Folie arctique. Piblokto. || Folie homicide des Malais. Amok.
Loc. cour. (vx dans la langue sc.). Folie furieuse, violente. Frénésie, fureur.Folie douce, sans aucune violence (fig.; → 3.).Folie des grandeurs. Mégalomanie.
Folie sainte, folie mystique (→ Exulter, cit. 1).
Par exagér. Cour. État d'exaltation intense où le contrôle du comportement semble avoir disparu.REM. Cet emploi, non scientifique, est proche de la notion psychiatrique de « manie ». — Des moments, des instants de folie. || Il était pris de folie.Folie générale, collective : comportement exalté, violent, irrationnel d'un groupe.
2 (1690). Caractère de ce qui échappe au contrôle de la raison. Irrationnel. || La folie des passions, de l'imagination.
10 L'amour, dans l'état social, n'a peut-être de raisonnable que sa folie.
Rivarol, Fragments et Pensées philosophiques, notes, p. 308.
11 (…) malgré ma mine tranquille, j'ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l'indifférence.
France, le Crime de S. Bonnard, Œ., t. II, p. 419.
Absolt. L'irrationnel. || L'Éloge de la folie, d'Érasme, est une critique du dogmatisme.Spécialt. L'imagination, l'inspiration (→ La folle du logis).
12 Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu'écrit la raison. Il faut demeurer entre les deux, tout près de la folie quand on rêve, tout près de la raison quand on écrit.
Gide, Journal, Fin sept. 1894.
12.1 La poésie est une folie rythmée. Or vous n'êtes pas fou et vous n'avez pas le sens du rythme.
A. Maurois, les Silences du colonel Bramble, p. 73.
Théol. chrét. || La folie de la croix (cit. 7). Scandale (→ Crucifier, cit. 7).
13 (…) la prédication de la croix est une folie pour ceux qui se perdent; mais pour ceux qui se sauvent (…) elle est la vertu et la puissance de Dieu (…) Car Dieu voyant que le monde avec la sagesse humaine ne l'avait point connu dans les ouvrages de la sagesse divine, il lui a plu de sauver par la folie de la prédication ceux qui croiraient en lui.
Bible (Sacy), 1re Épître aux Corinthiens, I, 18-21.
14 Contrariétés. Sagesse infinie et folie de la religion.
Pascal, Pensées, VIII, 588 bis.
3 Manque de jugement, de bon sens; absence de raison; comportement qui dénote ces traits (le mot et la notion dépendent évidemment des critères sociologiques du jugement). Déraison, extravagance, insanité; fou (I., 3. et II., 4.); → Billevesée, cit. 2; égarement, cit. 5. || Mêler la sagesse et la folie (→ Chimère, cit. 7). — ☑ Loc. C'est folie de vouloir… : il est fou, absurde de… (→ Assimiler, cit. 4; attendre, cit. 87; bonheur, cit. 32). || Il y aurait (cit. 73) de la folie à… || Vous n'aurez pas la folie de faire cela. Aveuglement, inconscience (→ Étrangler, cit. 7). || Une folie coupable (→ Édifier, cit. 7). — ☑ Loc. C'est folie, c'est de la folie de…, que de… (et inf.). || C'était de la folie à lui, de sa part. || Il y a, il y avait de la folie à… (vieilli). || Il a eu la folie de démissionner, de quitter sa femme. || C'est de la folie, de la pure folie, de la folie furieuse ! Aberration, absurdité, bêtise, connerie (vulg.), crétinisme, délire (fig.), imbécillité. || S'étourdir (cit. 20) jusqu'à la folie. Affolement, égarement, emportement, vertige (fig.). || Être audacieux jusqu'à la folie. Excès. || Son orgueil confine à la folie.Folie douce, sans conséquence grave. || Mais c'est de la folie douce, son idée.
15 (…) il est brave jusqu'à la folie.
Mme de Sévigné, 440, 4 sept. 1675.
16 Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit.
La Rochefoucauld, Maximes, 209.
17 Il y a plus de fous que de sages, et dans le sage même, il y a plus de folie que de sagesse.
Chamfort, Maximes, Sur la philos. et la morale, XXXVI.
18 Toujours, le contraste de l'idéal avec la triste réalité produira dans l'humanité ces révoltes contre la froide raison, que les esprits médiocres taxent de folie (…)
Renan, Vie de Jésus, VII, Œ. compl., t. IV, p. 163.
19 Tout prend, dès lors, le caractère du rêve, ou de la folie. Mais ce monde de folie est la sphère d'une réalité suprême. La folie est le rêve d'un seul. La raison est sans doute la folie de tous.
André Suarès, Trois hommes, « Dostoïevski », III.
20 Il était prévoyant avec témérité, avec folie.
G. Duhamel, Salavin, Deux hommes, III.
En interj. || Folie ! : c'est de la folie.
Loc. adv. (1704). À la folie. Follement, passionnément. || Aimer quelque chose, quelqu'un à la folie (→ Célibat, cit. 5).« Je t'aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie » (formule accompagnant l'effeuillement d'une marguerite).
21 — Eh ! c'est parce qu'il m'aime à la folie qu'il ne m'aimera peut-être plus demain, s'écria la comtesse. — Les Parisiennes sont inexplicables, dit Thaddée. Quand elles sont aimées à la folie, elles veulent être aimées raisonnablement; et quand on les aime raisonnablement, elles vous reprochent de ne pas savoir aimer.
Balzac, la Fausse Maîtresse, Pl., t. II, p. 36.
Grain de folie : élément déraisonnable, irrationnel. || « Il a toujours existé, dans la peinture polonaise, un grain de folie » (le Point, no 567, 1er août 1983, p. 13).
Coup de folie : accès menant à des actions, des attitudes aberrantes, déraisonnables.
Spécialt.C'est de la folie : c'est une générosité excessive (même sens que ci-dessous, 4., b. : une folie).
21.1 Elle me le disait sans avoir l'air. Vous savez, comme on dit des fois, si j'étais riche, je m'achèterais… Dans son fond, elle comprenait bien que c'était de la folie.
M. Aymé, le Passe-muraille, p. 249.
4 Une, des folies. a Idée, parole, action déraisonnable, extravagante. Absurdité, bizarrerie, extravagance; 1. fou (II., 4.). || Ce projet est une folie. Chimère, divagation, hallucination, vision.
22 (…) c'est une folie qu'il n'y a pas moyen de lui ôter de la tête.
Molière, George Dandin, III, 7.
La folie de quelqu'un, sa folie. || C'est sa folie, l'une de ses folies. Caprice, dada, lubie, manie, marotte, toquade (→ Carte, cit. 10).
23 (…) c'est ma folie que de vous voir, de vous parler, de vous entendre; je me dévore de cette envie (…)
Mme de Sévigné, 146, 18 mars 1671.
(XVIe). Faire une folie, des folies. Bêtise, sottise (→ Accordant, cit.; émigration, cit. 3). || Folies de jeunesse. Coup (de tête), écart (de conduite), escapade, frasque, fredaine, incartade; → Faire des siennes; jeter sa gourme.Faire la folie de… (et inf.).
24 (…) si l'on dit que la plus grande de toutes les folies est celle de se marier, je ne vois rien de plus mal à propos que de la faire, cette folie, dans la saison où nous devons être plus sage.
Molière, le Mariage forcé, 1 (→ aussi Amourette, cit. 1).
25 Il y a une foule de sottises que l'homme ne fait pas par paresse et une foule de folies que la femme fait par désœuvrement.
Hugo, Post-Scriptum de ma vie, Tas de pierres, VI.
Loc. Vx. Faire folie de son corps, en parlant d'une femme qui se livre à toutes sortes de désordres (Académie).Mod. || Faire des folies de son corps.
b (1843, Balzac). Dépense excessive. Dépense, dissipation. || Vous avez fait une folie, une vraie folie en nous offrant ce cadeau.
26 Le bonhomme La Baudraye, qui passa pour avoir fait une folie, financièrement parlant, fit donc une excellente affaire en épousant sa femme.
Balzac, la Muse du département, Pl., t. IV, p. 57.
c La folie, une folie de… Marotte, passion. || La moto est sa folie; il a la folie de la moto.|| « La folie de conquêtes coloniales » (Martin du Gard, in T. L. F.).
5 (XVIIe-XVIIIe; remotivation de 2. folie). Vx. Riche maison de plaisance : « il y a (…) plusieurs maisons que le public a baptisées du nom de la folie, quand quelqu'un y a fait plus de dépenses qu'il ne pouvait, ou quand il a bâti de quelque manière extravagante » (Furetière). 2. Folie.
27 Le luxe que jadis les grands seigneurs déployaient dans leurs petites maisons et dont tant de restes magnifiques témoignent de ces folies qui justifiaient si bien leur nom (…)
Balzac, la Cousine Bette, Pl., t. VI, p. 451.
28 Ces villages des environs de Paris gardent encore à leurs portes des parcs du XVIIe et du XVIIIe siècle, qui furent les « folies » des intendants et des favorites.
Proust, À la recherche du temps perdu, t. VI, p. 189.
Mod. || Folies, se dit de certains théâtres, music-halls. || Les Folies-Bergère, à Paris.
6 Passion violente, déraisonnable, et, par ext., la passion (opposé à raison). Amour, passion. || Douce, tendre folie (→ Attacher, cit. 21). || Les Folies amoureuses, comédie de Regnard. || Cette folie nommée amour (→ Cristallisation, cit. 5).
29 Moi, femme mariée, je serais amoureuse ! se disait-elle, je n'ai jamais éprouvé pour mon mari cette sombre folie, qui fait que je ne puis détacher ma pensée de Julien.
Stendhal, le Rouge et le Noir, XI.
30 Il ne se trouvait autour d'elle aucun homme qui pût lui inspirer une de ces folies auxquelles les femmes se livrent, poussées par le désespoir que leur cause une vie sans issue, sans événement, sans intérêt.
Balzac, Illusions perdues, Pl., t. IV, p. 498.
31 Il n'est pas de véritable amour qui ne soit une folie : « une folie manifeste et de toutes les folies la plus folle », s'écrie Bossuet.
F. Mauriac, Souffrances et Bonheur du chrétien, p. 31.
7 (→ Fou, II., 5.). Gaieté vive, un peu extravagante. Fantaisie (cit. 39), gaieté; et aussi folâtre, folichon. || Chanter (cit. 20) l'amour et la folie.La Folie (1694) : personnage allégorique représenté sous les traits d'« une femme joyeuse avec une marotte et des grelots » (Littré).Par ext. Action ou parole gaie et souvent libertine. || Dire, faire mille folies.
32 Elle me dit mille folies sur les plaisirs que vous avez.
Mme de Sévigné, 438, in Littré.
33 Je me suis trouvé seul avec ma maîtresse; nous avons dit mille folies, mais, hélas ! nous n'en avons point fait.
Richelet, in Littré.
Spécialt et vx. Écrit plaisant, caricature, charge.
B (Esp. foliá). Mus. || Folie d'Espagne ou folie : danse d'origine ibérique, dont l'allure est voisine de celle de la passacaille, et qui fut en vogue dans toute l'Europe au cours du XVIIe siècle. || Les Trente-deux Variations sur des folies d'Espagne, de Marin Marais. || Les Folies françaises, de Couperin. || La folie de la Rhapsodie espagnole de Liszt.
CONTR. Équilibre, santé. — Bon sens, jugement, raison, sagesse. — Morosité, tristesse.
COMP. V. Manie.
HOM. 2. Folie.
————————
2. folie [fɔli] n. f.
ÉTYM. 1185, dans des noms de lieu, La Folie; altér. probable de feuillée « abri de feuillage » d'où « cabane ».
Vx. Maison de plaisance (le mot, aux XVIIe et XVIIIe s., est rattaché à l'idée de « folle dépense »). 1. Folie (A., 5., cit. 27 et 28).
HOM. 1. Folie.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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